Kant, Logique


Sans connaissances on ne deviendra jamais philosophe, mais jamais non plus les connaissances ne suffiront à faire un philosophe, si ne vient s’y ajouter une harmonisation convenable de tous les savoirs et de toutes les habiletés jointes à l’intelligence de leur accord avec les buts les plus élevés de la raison humaine.

De façon générale, nul ne peut se nommer philosophe s’il ne peut philosopher. Mais on n’apprend à philosopher que par l’exercice et par l’usage qu’on fait soi-même de sa propre raison.

Comment la philosophie se pourrait-elle, à proprement parler, apprendre ? En philosophie, chaque penseur bâtit son œuvre pour ainsi dire sur les ruines d’une autre ; mais jamais aucune n’est parvenue à devenir inébranlable dans toutes ses parties. De là vient qu’on ne peut apprendre à fond la philosophie, puisqu’elle n’existe pas encore. Mais à supposer même qu’il en existât une effectivement, nul de ceux qui l’apprendraient, ne pourraient se dire philosophe, car la connaissance qu’il en aurait demeurerait subjectivement historique.[…]

Celui qui veut apprendre à philosopher doit au contraire, considérer tous les systèmes de philosophie uniquement comme une histoire de l’usage de la raison et comme des objets d’exercice de son talent philosophique.

Le vrai philosophe doit donc faire, en pensant par lui-même, un usage libre et personnel de sa raison et non imiter servilement.

(Emmanuel Kant, Logique, traduction Louis. Guillermit, Vrin, 1979, p 26-27).

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