Heidegger, Vérité


Martin Heidegger« Qu’est-ce qu’être vrai ? Nous disons, par exemple : « c’est une vraie joie de collaborer à la réussite de cette entreprise. » Nous voulons dire par là qu’il s’agit d’une joie pure, réelle. Le vrai est donc le réel. Nous parlons en ce sens de l’or véritable en le distinguant de l’or faux. L’or faux n’est pas réellement ce qu’il paraît être. Il n’est qu’une « apparence » ; il est, pour cette raison irréel. L’irréel passe pour le contraire du réel. Mais le cuivre doré est tout de même quelque chose de réel. C’est pourquoi nous disons plus clairement : l’or réel est l’or authentique. Mais « réels », ils le sont l’un et l’autre, l’or authentique ne l’est ni plus ni moins que le cuivre doré. La vérité de l’or authentique ne peut donc être garantie par sa simple réalité. La question renaît : que signifie ici être « authentique » et être « vrai » ? L’or authentique est ce réel dont la réalité se trouve en accord avec ce que, d’emblée et toujours, nous avons « proprement » en vue lorsque nous pensons à de l’or. Inversement, nous dirons, dès que nous soupçonnons avoir affaire à du cuivre doré : « quelque chose ici ne « colle » pas. » […]

Le vrai, que ce soit une chose vraie ou un jugement vrai, est ce qui est en accord, ce qui concorde. Être vrai et vérité signifient ici : s’accorder, et ce d’une double manière : d’abord, comme accord entre la chose et ce qui est présumé d’elle et, ensuite, comme concordance entre ce qui est signifié par l »énoncé et la chose ».

(M. Heidegger [1889-1976], « De l’essence de la vérité », in Questions I [1943], Gallimard, PP 163-164)

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