Friedrich Nietzsche, Philosophie


De fait, la foule a longtemps méconnu le philosophe et l’a pris, soit pour l’homme de science, l’idéal du savant, soit pour le rêveur religieux, au-dessus du monde, méprisant les sens, ivre de Dieu. Et s’il vous arrive aujourd’hui d’entendre louer quelqu’un de ce qu’il mène une vie « sage », une « vie de philosophe », cela ne veut guère dire autre chose que ceci, qu’il est « prudent » et qu’il vit « â l’écart ». Sagesse, c’est pour la foule une sorte de fuite prudente, un moyen habile de « tirer son épingle du jeu »: Mais le vrai philosophe – n’est-ce pas notre avis, mes amis ? -, le vrai philosophe vit d’une façon « non philosophique », « non sage » et, avant tout, déraisonnable. Il sent le poids et le devoir de mille tentatives et tentations de la vie. Il se risque constamment, il joue gros…

(Friedrich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, § 206 traduction d’Henri Albert revue par Marc Sautet, Le Livre de Poche, 1991, pp. 189-190.)

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